LA PRISE DE SAINT MALO - Gérald Massé
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LA PRISE DE SAINT MALO
C’est un jour d’août d’été comme un autre. Avec ni plus, ni moins de soleil. Un jour où les nuages effacent l’azur au gré des vents comme une éponge sur une ardoise magique. Un après-midi où j’ai décidé de prendre Saint-Malo.
Je sais que les assauts se lancent souvent à l’aube. Mais en vacances, les aubes sont souvent mangées par le sommeil. Il est treize heures. La sérénité qui habite mon véhicule léger contraste avec le chaos que nous connaîtrons tout à l’heure.
Le calme avant la tempête, quoi. Mon aide de camp est à ma droite, un plan déployé sur ses genoux. Mes deux fantassins sont à l’arrière. Ils commencent à se camoufler derrière une couche de crème solaire. Dehors, la circulation est dense.
Devant nous, les pilotes sont tendus. - Arrête ton char! vocifère un Parisien. - T’as vu ta tronche de cake..., répond l’interpellé.
Ils en restent là car soudainement le bouchon saute. Nous avançons sur trente mètres avant de stopper de nouveau, posés comme des mines, les ronds-points ralentissent la progression… Une seconde d’inattention et nous voilà embarqués sur une fausse piste car le port de commerce est plein de chausse-trappes. Les ponts-levis sont levés. Il va falloir contourner l’obstacle pour atteindre l’objectif qui s’étale tout proche, mariage du granit et du ciel que pique le clocher de la cathédrale. Les immeubles groupés derrière les murs d’enceinte sont uniformes avec leurs hautes fenêtres alignées derrière lesquelles je crois deviner des snipers à l’affût. Sur les toits d’ardoise, les cheminées sont dressées comme des éperons.
Nous arrivons sur zone, prêts a descendre. Mais pas question de nous faire descendre. Toutes les précautions sont prises. Si perte il y a, ce ne sera que de temps.
Un tour, deux tours, trois tours des aires destinées à parquer notre véhicule léger. Rendons-nous à l’évidence : il n’y a pas d’emplacement pour se poser. Beaucoup d’autres barbares ont eu l’idée de prendre Saint-Malo aujourd’hui. Le manque d’organisation de l’état major me met en colère. Mes fantassins cèdent à l’énervement qu’exacerbe leur faim de passer à l’attaque. Mon véhicule a beau être blindé de ces crises passagères, il est tout de même rageant d’échouer si près du but. Mais pas question de nous rendre.
Pourtant, moi-même qui suis un général têtu, suis-je prêt à battre en retraite vers ma base, lorsque ô miracle ! un engin immatriculé dans un pays viking me laisse sa place. Une première salve de vent et de soleil nous assomme dès que nous prenons position sur le sol extra-muros. Ce coup de semonce n’altère en rien notre détermination. Nous sommes tendus vers notre objectif. Nous sentons la victoire proche. Je rassemble ma troupe. Donne les dernières instructions. - Quoi qu’il arrive, on reste groupés. Puis, le bras en l’air et le doigt pointé vers l’avant, j’ordonne la direction à suivre. Je lâche une phrase grande et historique : - Tout le monde en avant ! Une brèche dans la muraille. Un moment de relâchement chez l’ennemi. Nous entrons dans la ville, tels des libérateurs.
L’huile bouillante est prête. Les frites seront bonnes.
Mais avant le repas réservé aux vainqueurs, je porte mon arme à mon visage, met en joue vers le château, nullement impressionné par l’énorme donjon. J’appuie sur la détente. Saint-Malo est prise. Cette photo fera très bien dans mon album de vacances.
Gérald Massé
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